Le chant de l’Ours

image
Thom_Thomson,_Le_Pin,_1916-1917,_huile_sur_toile,_127,9_x_139,8_cm,_Musée_des_Beaux-Arts_du_Canada

Rocher tremblant dépassé sous la pluie. 
S’éloignant le leste tombe, le silence revient, 
tu t’entends de nouveau et la marche soulève 
des nuées de papillons blancs 
pour ces noces de la solitude retrouvée.

Ça sent la framboise et les herbes chaudes partout.

Par les crêtes d’une faille ancienne qu’aucun pont ne passe,
j’avance au pas nonchalant de l’ours à l’affût d’un repas.

Descendant vers la mer, 
grosse rivière bordée de pins à la pousse acharnée. 
Un vent de longue route s’étire en tissant 
des chants de souvenirs pour les tempêtes et les oies 
qu’il rapporte du nord.

Nicholas Belleau,
31 juillet 2014.

L’innocence

La condition essentielle de toute rencontre véritable est de s’annoncer tel que l’on est.

Nicholas Belleau, 
28 juin 2014. 

Le refuge du huard

image

Claude Tousignant. Titre manquant. 


Toi silencieux jusqu’à la grâce et à l’extérieur du vacarme humain. Les oiseaux, cloches ailées du temple en concert. Violettes et foins d’eau adossés à la grosse roche aux pieds mouillés, hypnotisés par le zébré du lac changeant. Toute la montagne mue en vagues comme l’est un champ d’algues des percés lumineuses qui atteignent les profondeurs.

Nicholas Belleau, 
2 juillet 2014. 

La petite et mer

imageTulips panel Candace Wheeler  (American, Delhi, New York 1827–1923 New York) Maker- Associated Artists (1883–1907)

-

Traçant la grève d’un bois de mer aussi grand qu’elle en courant loin devant ses parents, absorbée et convaincue, la petite criait : « Suivez ma ligne, suivez ma ligne ».

Nicholas Belleau, 
8 juillet 2014. 

L’autre ignoré

image"Iskandar Kills the Habash Monster", Folio from a Shahnama (Book of Kings) of Firdausi Abu’l Qasim Firdausi (935–1020) Object Name- Folio from an illustrated manuscript Date- ca. 1300–30




Dans la foulée de la fermeture du débat entourant la Charte québécoise de la laïcité, j’ai déclaré « qu’il fallait avoir nié la réalité montréalaise pour supporter cette politique » - cela, surtout dans dans un contexte culturel et politique où la nation québécoise ne dispose pas de sa pleine autonomie politique (n’est pas un pays) en existant comme province dominée par la fraternité anglo-canadienne de tradition britannique. 

Sans qu’on ne puisse conclure ici à des généralités absolues, j’aimerais ajouter maintenant que Montréal, les Montréalais, qu’ils soient d’origine canadienne-française, anglo-britannique ou d’ailleurs dans le monde, pour une large frange de sa population, existe dans un complet déni de la réalité régionale québécoise. 

En ce sens, comme une forme insidieuse d’aliénation historique et politique, il n’est pas rare d’y entendre des gens se définir d’abord en tant que Montréalais, entendant par-là une coupure d’avec le reste du Québec et des Québécois. 

Ainsi, la négation et l’ignorance qui nous caractérise est double, si, dans sa petite maison perdue dans le fond d’un rang de Migouacha en Gaspésie, un type entretient une méfiance - voire une aversion - pour la ville lointaine et l’hétérogénéité de sa population, un groupe important de Montréalais manque d’attachement, de connaissance, et, en définitive, de loyauté pour l’organisme sociologique et historique du Québec pris en tant qu’ensemble territorial, légal et culturel - comme si le contexte producteur de leur réalité citadine s’arrêtait au pont Jacques Cartier et, qu’après cette frontière, la néantisation des terres du bout du monde avait avalé tout d’un pays d’où personne n’est jamais revenu. 

Nicholas Belleau, 
14 juillet 2014. 

Le spectacle de la fin du monde

Pourquoi la catastrophe écologique terrestre ne nous dérange pas (vraiment) : 

1- Si « Je » doit mourir, il est naturel que la planète vieillisse en meure un jour elle aussi (avec lui) (sic). 

2- La modernité étant un processus historique fondé généralement sur l’expérimentation dans les champs de la matière et de l’esprit, le spectacle radical des changements écologiques participe à notre curiosité des transformations du devenir.

Nicholas Belleau, 
4 décembre 2013. 

La paix

C’est au moment de sentir intuitivement que notre vision du monde s’est clarifiée en se stabilisant que l’on peut commencer à s’étonner de curiosité en songeant à celles des autres.

Nicholas Belleau, 
22 mars 2014. 

La mesure de l’injustice

Gabriel Dumont, Chef métisse de Saint-Laurent, au Manitoba en 1885.



Quand je pense que les francophones de la Colombie Britannique, même après la Constitution de 1982 et un jugement de la Cour suprême en faveur de la protection des droits scolaires pour les acadiens, sont parqués dans des sous-sols d’églises pour recevoir leur classe de primaire et que cette province fait tout les détours légaux possibles pour ne pas avoir à payer pour l’édification d’un système scolaire francophone décent. 

Quand j’entends tous ces québécois anglophones, qui s’indignent avec une hauteur morale parfaite, nous traiter comme des moins que rien politique sur la question de la justice démocratique; ceux-là même qu’on n’entend jamais prendre parti pour cette même justice quand il s’agit de protéger les droits des communautés francophones hors Québec (« parce que les autochtones souffrent »), ceux-là qui ne soufflent jamais mot sur les attaques indécentes autant qu’injustes à l’endroit de la société québécoise perpétrée par les National Post, Globe et autres journaux canadiens anglais. 

Le même groupe qui, trop souvent déterminé par des mécanismes et des réflexes politiques communautariens, vote majoritairement et de manière invariable pour les représentants du Parti libéral (corrompus ou non); eux qui disposent de protections démocratiques et d’avantages sociaux comme seules les minorités dominantes en ont dans les nations normales de ce monde et qui ont dans le dos, comme un rempart, les « Loyalists Townships » ontariens où vous n’aurez jamais vue autant de drapeaux canadiens et britanniques de votre vie. 

Alors, je reconnais l’héritage historique canadien à sa pleine mesure et je sais qui je suis.

Nicholas Belleau, 
6 novembre 2013. 

Les deux périls

image

Le feu. Hauteurs de Carleton-sur-Mer. 24 décembre 2013. 

Le temps passe en nous laissant inchangés dans le changement. Il y a peut-être ici l’expression d’un des paradoxes de l’identité.

C’est que l’identité implique nécessairement le recours à une mémoire. 

De fait, axer essentiellement l’existence sur le mode du changement entraîne une négation de l’identité. Dans ces conditions, on parlerait du devenir comme d’une non-identité. 

Partant de là, nous sommes à même de discerner les patriotes de la société québécoise de ceux qui veulent sa dissolution dans le néant du « patriotisme constitutionnel » ou à l’intérieur de cultures qui nous dominent par le nombre et la force. 

Il s’agit de voir qui refuse de mettre en cause les fondements historiques complexes qui nous font pour établir des suites politiques conséquentes à ceux-ci.

Conséquemment, dans le registre de l’identité, nous faisons toujours face à deux périls : soit on s’enferme dans un passé jusqu’à la stagnation mortifère; soit on se propulse si rapidement vers l’avant que nous perdons tout nos repères en nous mettant à la merci de ceux qui conservent les leurs.



Nicholas Belleau, 
11 mars 2014

La nuit canadienne

image

Lac Gauthier. Janvier 2013. 

Et puis il aura fallu Yvon Rivard, ce matin dans Le Devoir, pour rompre cette dernière digue de mes résistances; pour me pacifier en me rouvrant par le ventre et comme on tranche de soi-même un membre de son corps (ou peut-être comme on coupe le cordon ombilical qui nous relit à la mère patrie).

Si le coureur des bois ne connaissait plus de frontière, si rien ne le séparait d’amblé de ce qui lui venait, si rien ne le séparait par avance de ce vers quoi il allait, c’est qu’il était déjà toujours seul et apatride. L’unique raison pour l’unir ou le séparer des gens était la sienne d’homme seul allant sur une terre où l’ami autant que l’ennemi se mesurait à la force des appétits de l’individu.

Solitude du coureur des bois, le grand errant américain, lui qui avait laissé derrière femmes et enfants, familles et refuges, pour devenir le chemin, l’étranger, l’ailleurs et, parfois aussi, le perdu. Solitude de l’oubli du coureur des bois. Lui qui a fait la Californie et ouvert toutes les routes poussiéreuses sur lesquelles on a effacé son nom en marchant dessus.

D’accord Yvon, ne séparons plus par le tranchant du peuple. Que l’histoire et la politique ne soit plus notre phare. Que nous acceptions enfin le grand sacrifice d’un lâché prise final qui nous fonderait sur la voie d’une liberté réelle où chacun vivrait pour sa joie et en résistant aux violences que chacun subi de ses propres moyens ou, par chance, selon ceux du clan.

Le coureur des bois était seul et la solitude était le prix de sa liberté.

Nous n’avons pas fait l’indépendance et il trop tard pour l’espérer. Si le Canada demeure le lieu de notre perte, alors cessons de lutter pour cette société et détruisons tous les liens qui nous retiennent aux solidarités que nous ne reconnaissons pas des nôtres. Ne tentons plus la résistance commune qui sépare et divise pour unir. Ne visons plus autre chose que nos vies intimes et, dans cette forme d’innocence abandonnée qui existe en sachant que la nature comble toujours le vide, rappelons-nous que l’espace qu’occupe un corps est irréductible à la face du monde jusqu’au moment où on le contraindra à l’effacement par la force, et encore, dans l’attente patiente de sa mort.

Tout passe. Qu’est-ce qui a de l’importance et qu’est-ce qui n’en a pas ? On cesse de porter le souci de tous lorsque l’on vit sa vie pour soi du mieux que l’on peut. Paradoxalement, vivant cette vie, on comble un espace que nul autre ne peut occuper. « Tant qu’il est bienveillant et qu’il veut la dignité de tous, il est bon », n’est-ce pas Yvon, mon père.

Que nous vienne ainsi un nouvel âge des libéraux. Eux qui font la job pour que tout participe du système et que rien ne soit contraire aux volontés hégémoniques des puissances dominantes de ce monde. Au moins, que le devenir de notre insignifiance collective (non pas individuelle) ne soit pas une entrave à la richesse du nombre.

De toute manière, le coureur des bois savait bien que le Gouverneur était une crapule corrompue jusqu’à l’os. Il regardait de loin les laquais qui tentaient de ramasser ses miettes en sachant que le seul pouvoir de l’homme libre était d’échapper à tout contrôle en crissant son camp aussi loin que possible dans les pays d’en haut.



Nicholas Belleau, 
20 novembre 2013. 


http://www.ledevoir.com/politique/quebec/393181/ce-qui-separe