Une vérité intérieure

imageDrunken Master. Jackie Chan, 1978. 



Si une idée clairement conçue est une idée clairement exprimée, les fruits de l’expérience - peut-être avant ceux du talent - doivent être appréciés à leur pleine valeur. En ce sens, si la liberté de nous essayer est essentielle pour tenter l’aventure de quelque chose qui vaille, la nécessité de revenir est d’autant plus manifeste pour en formuler les fins.

De là, on tirera la fermeté tranquille et la patience qu’il faut pour bien se conduire. C’est-à-dire que nous accepterons l’imperfection de nos jaillissements en cultivant une poigne qui demande du temps pour s’affermir.


Nicholas Belleau, 
16 janvier 2014. 

Les révélations de la matière


Noms de l’oeuvre et de l’artiste manquants. 



Ce qui est difficile, ce qui est rare, ce n’est pas de savoir raconter une histoire en image avec justesse (bien que cela soit déjà très difficile), non, ce qui est rare, difficile, et qui ne s’acquière que peu à l’usage, c’est de posséder une vision singulière et authentique des choses et qui s’exprime par la forme cinématographique.


La révélation de votre esprit, mis à nu devant nos yeux, nous donne-t-elle le sentiment d’une étrangeté au monde par laquelle nous vivrions avec plus de hauteur et de sensibilité ?

Arrivez-vous à nous transformer en vous transformant dans la matière ?


Nicholas Belleau, 
12 novembre 2013. 

Pour le frère, l’ami et l’autre

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Thomas Hobbes par John Michael Wright. 



Toute société se construit sur un équilibre qui est le fruit des rapports de force. 

À chacun sa nature et ses choix. À chacun la liberté de croître en fonction des singularités qui définissent sa joie. 

Dans cela, ainsi, il s’agit de connaître les limites de sa propre force en se rappelant que l’autre, dans sa poussée inverse, est ce sur quoi nous nous appuyons. 

Par cette conscience, les sociétés et les nations existent dans un devenir réellement conjoint et pluriel. Car, sur les bases d’un contrat social librement accepté, nous renonçons à l’expression de notre pleine force afin qu’elle ne s’exprime pas jusqu’à la lie - qui est le chaos entraîné par la lutte de tous contre tous et l’enferment qui refuse de rencontrer l’autre en tant qu’autre. 


Nicholas Belleau, 
7 novembre 2013. 

L’ère du soupçon

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Tadao Cern’s “contemporary facelift” of Van Gogh’s self-portrait. 



La question de la conscience dans l’art nous (re)met tous en cause.



Nicholas Belleau, 
31 octobre 2013. 

Le testament du jardinier

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Je plante arbres et arbustes comme un homme rentre chez lui pour mettre ses affaires en ordre avant la mort. Dans le beau souvenir d’Henry Miller, moi aussi je veux renaître en parc. Et puis, je me dis que si les oiseaux chantent, c’est qu’ils savent écouter.



Nicholas Belleau, 
30 octobre 2013.

État colonial, empire et conscience historique

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Il est intéressant de constater comment les Québécois ne se sentent pas concernés par la question de l’espionnage massif perpétré par le gouvernement états-unien. On peut s’expliquer cet état de fait de manière multiple : 

1- Au même titre où plusieurs existent dans la fausse conscience que le Québec est une nation souveraine, existerions-nous dans la fausse conscience de vivre « hors de l’histoire » avec l’idée farfelue que nous échappons à ces stratégies du fait que le Canada est l’allié inconditionnel des États-Unis ? 

2- Au contraire, sommes-nous si aguerris collectivement à l’histoire politique des rapports de force que rien ne nous étonne en ces domaines et que nous savons, de guerre lasse et depuis au moins la Crise d’octobre 1970, que l’État fédéral espionne tout ce qui pense et agit un temps soit peu au Québec avec les moyens les plus sophistiqués qui sont à sa disposition. 

Conséquemment, il n’y aurait jamais eu de doute en nous que, étant une extension directe des États-Unis (si non politique au moins géographique), aucun effort pour connaître les citoyens canadiens ne seraient épargnés. 

En ce sens, nous savons par notre chair et au plus profond de notre conscience que seule la voie du combat politique démocratique nous est ouverte puisqu’aucun ordre de justice réel n’est fondé en Amérique pour protéger la minorité sociale et culturelle québécoise.



Nicholas Belleau, 
30 octobre 2013. 

Retour de flammes et profession de foi

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Renate’s Nantucket, Hans Hofmann, (États-Unien, 1880–1966). 




Nous sommes devenus, par un concours de circonstances historiques complexe, un peuple qui n’existe que très peu dans la réalité. 

Plusieurs raisons peuvent venir à l’esprit pour expliquer cela. En voici deux.

1- La libératrice apesanteur qui nous est venue avec la fin « du long hiver de la survivance » a eu pour conséquences de déranger le sens de nos directions. Ainsi, plusieurs d’entre-nous sont étourdis à force d’avoir le loisir de s’étourdir. 

2- Beaucoup de gens font la promotion de la Justice en adoptant des positions injustes en regard des québécois francophones et des raisons historiques dont ils sont légitiment et collectivement porteurs. Ici, des idées qui se veulent « justes », mais qui ne sont souvent que l’expression consensuelle d’un manque de courage politique, les poussent à adopter des positons confortables par leur orthodoxie philosophico-politique.

Mais la vie, elle, la vie qui est pleine d’ambiguïtés et de contradictions, l’affirmation d’un individu véritable, avec ses beautés et les singularités de son visage, cela, ils l’évitent trop souvent dans une fuite esthétique déréalisée.

Alors, ces gens vivent, non plus dans un « confort indifférent », mais dans un luxueux confort porté par la richesse collective nationale et fondé sur la croyance que la solidarité sociale s’arrêtent au bout de leur rue et l’illusion que leurs idées politiques possèdent assez d’appuis pour être exclusives en vivant à l’extérieur de toute nuance qui doit venir dans le contexte d’une négociation civique.  

Ironiquement, pour nous qui avions accoucher, par l’humanisme et les idées républicaines, de sociétés fondées sur le contrat social, où les allégeances individuelles et claniques devaient être dépassées par le sens d’une solidarité civique (au moins) nationale, nous voyons les fruits de nos travaux attaqués et mis à mal par ces rêveurs cosmopolites habillés dans leurs costumes de vertu impeccables, qui affirment à qui veut l’entendre : « Ma justice embrasse la totalité du réel, ce qui ne reconduit pas ses termes, ce qui l’excède ou la contredit est injuste et n’a pas droit de citer ». 

En ce sens, songeant à ma propre vie, les temps présents ont au moins ceci d’heureux qu’ils me révèlent à moi-même les pistes d’une pensée plus mature et mieux incarnée dans le tissu historique et social québécois.  

 

Nicholas Belleau, 
25 octobre 2013. 

Faire monde

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Jurōjin Shibata Zeshin (Japanese, 1807–1891)


Deleuze explique : la sociabilité est le contraire de la mondanité. La sociabilité veut le commun, commande la généralité, alors que la mondanité veut l’unique, comprend le monstrueux. Or, les monstres sont seuls. Vivent seu
ls. Lorsqu’ils rencontrent leurs contemporains de manière mondaine, c’est sans socialiser avec eux, car ainsi leurs rapports avec l’univers seraient communs et, cela, ils ne le peuvent par nature. Voilà comment le philosophe résolu du même coup la question de l’aristocratie, qui est le monde dont les lois n’ont pas été prévues par Dieu. 


Nicholas Belleau, 
24 octobre 2013. 

Vivre au milieu


Intituto d’investigation cultural, Potosi, Bolivie.  



Comme il est difficile et délicat de vivre au milieu pour qui dit : « Ma patrie ce sont mes idées », car au milieu nous devenons un peu (l’)autre et, autrement, ne disent-ils pas « les tièdes, je les recracherai de ma bouche ».

Pour ma part, ma patrie est le Québec et j’existe dans la pluralité des idées qui l’animent.

Nicholas Belleau, 
19 octobre 2013. 

Mort, beauté et justice / (à rebours 13 septembre 2013)

imageDeath, Beauty, and Justice V Raqib Shaw  (Indian, born 1974)



Déprimé, fatigué de ma semaine, dans l’embouteillage du vendredi soir sur René-Lévesque en face de l’Assemblée nationale, j’écoutais les nouvelles. Maria Mourani disait qu’elle ne savait plus si le mouvement indépendantiste pouvait assurer l’inclusion de son identité et celle de ses enfants. Moi, je me disais maudite gang d’épais. Un mouvement dont l’aile politique est dirigée par des épais. J’entendais derrière le désespoir de Maria tous ceux qui détestent le mouvement indépendantiste québécois redoubler d’ardeur, nous traiter de racistes, nous trainer dans la boue comme le pire des peuples qui aurait commis les pires atrocités, nous rentrer jusqu’au fond de la gorge tout droit d’affirmer la singularité de notre société, crachant, avec leurs airs méprisant de vieilles anglaises suffisantes, sur toute velléité que nous aurions d’affirmer le droit de cette société à accéder à sa pleine autodétermination politique. Je me disais, peu importe la vigueur de l’appui que recevra cette charte des valeurs québécoises lancée par le Parti québécois, peu importe la résistance des québécois francophones et leur capacité à faire front commun sur cette question, que nous assistions certainement à un des derniers épisodes politiques de la lutte historique pour l’indépendance nationale du Québec. La méfiance des Québécois issus des minorités politiques se cristallisera dans une méfiance contre le mouvement indépendantiste, les anglais vont frapper dans le tas pour se venger enfin en pleine lumière du pouvoir que nous leur avons repris, maintenant qu’ils se sentent investis du droit des justes, les anglais vont frapper dans le tas pour blesser cette superbe que nous avons d’être des Américains extraordinaires (les maîtres ne pardonnent jamais leur révolte aux esclaves), les crosseurs du Parti libéral, Desmarais, tous les voleurs, la mafieux et la laquais de la fraternité anglo-canadienne se frottant les mains en sachant que le grand arbre des patriotes québécois est en tain de tomber et que rien ne le remplacera pour longtemps sur le grand territoire politique de notre société.


Nicholas Belleau, 
13 septembre 2013.